Thomas Pesquet et la coopération spatiale franco-russe

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Par Vivien Destro.

En novembre 2016, un spationaute français s’envolera pour la station spatiale internationale, à l’aide d’une fusée russe. Thomas Pesquet s’entraîne actuellement à la cité des étoiles, au nord de Moscou, pour un vol de plusieurs mois en orbite autour de la Terre. Il s’agit d’un symbole fort si l’on considère le climat diplomatique actuel.

Dès le début de la crise en Ukraine, la question de la poursuite de la coopération spatiale a été soulevée. Brièvement. Ni les américains, ni les européens ne disposent actuellement de vaisseaux spatiaux capables d’emmener des hommes dans l’espace. Laconiquement, Dmitry Rogozine, vice-premier ministre russe avait proposé aux américains d’envoyer leurs astronautes dans l’espace « à l’aide d’un trampoline ». Quoiqu’il en soit, les deux pays stoppèrent leur coopération dans le domaine spatial, les Etats-Unis en particulier suspendant l’achat de moteurs RD-180 russes. Mais concernant l’ISS (station spatiale internationale), les agences nationales respectives poursuivirent leur travail au quotidien. Les astronautes Scott Kelly et Mikhaïl Kornienko ont d’ailleurs été envoyés ensemble pour une mission d’un an dans la station spatiale.

Si dans le domaine de la défense, les choses semblent compromises concernant les relations franco-russes (considérons la non-livraison des Mistrals, mais pas uniquement !), le domaine spatiale nous porte à espérer que le dialogue entre le vieux continent et la Russie n’est pas prêt de s’éteindre : l’agence spatiale européenne (au sein de laquelle le centre national d’études spatiales français prend une place à part) ne cesse de développer ses relations avec Roscosmos, l’agence spatial russe.

Plusieurs facteurs expliquent la non-rupture des relations dans ce domaine. Premièrement, il s’agit d’un secteur où les pays collaborent ensemble depuis plusieurs années, tout d’abord concernant l’exploitation de la station Mir, puis la construction et l’utilisation de l’ISS. Les scientifiques et les équipes techniques travaillent au quotidien pour assurer le bon fonctionnement de cette structure. Une crise diplomatique ne peut et ne doit remettre en cause un travail dont l’échelle de planification est la décennie. Deuxièmement, les retombées des études scientifiques réalisées sont inestimables, bien que méconnues du grand public. Les états impliqués en profitent très largement, et souhaitent pouvoir continuer à en profiter. Citons en exemple les recherches sur le cancer, la miniaturisation informatique, les propriétés uniques liées à l’impesanteur,… Troisièmement, et contrairement aux idées reçues, l’espace est rentable. Il faut dire que l’espace constitue aujourd’hui un formidable marché, et les institutions publiques comme les entreprises privées l’ont bien compris : construction et mise en orbites de satellites de tous types, recherche au profit des groupes pharmaceutiques, développement de nombreux matériels,… On estime à vingt euros de retombées pour un euro investi dans le secteur.

Russes et Français ont bien compris l’intérêt de travailler ensemble, surtout face à la montée des acteurs non-étatiques (Space X, Mars One,…). La collaboration sur les technologies, ainsi que sur les lancements permet de renforcer leurs points faibles : en l’occurrence les vols habités pour la France, l’exploitation commerciale et le lieu de lancement pour la Russie (pour des raisons que nous ne développerons pas, il est plus facile de lancer un objet dans l’espace depuis l’équateur). La collaboration franco-russe ne date d’ailleurs pas d’hier : une visite au Musée des Cosmonautes à Moscou vous en convaincra, puisqu’une vitrine nous est réservée !

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Aujourd’hui, les Soyouz partent de Guyane, certains emportant du matériel sensible. Les français partent de Baïkonour, le cosmodrome russe. Les ingénieurs collaborent dans leurs domaines, et repoussent sans cesse les limites technologiques. La France contribuant à près de 50% au budget de l’agence spatiale européenne, il ne tient qu’à nous de renforcer ce partenariat très prometteur qui a su résister à la crise diplomatique.

Thomas Pesquet symbolise donc non seulement l’excellence française dans le domaine spatial, mais aussi la réussite d’une collaboration et d’une amitié forte avec ses homologues russes.

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