Nouveau succès de la coopération aérospatiale franco-russe

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Par Vivien Destro.

Dans la nuit du 11 au 12 septembre, le vol Soyouz 12 a placé sur orbite deux satellites de la constellation Galileo, Alba et Oriana. Il s’agit d’un bel exemple de coopération internationale sur le continent européen, l’une des relations les plus fortes aujourd’hui entre la Russie et les pays occidentaux. Contributrice à près de 50% au financement de l’Agence Spatiale Européenne et accueillant le centre spatial sur son territoire, la France est au coeur de l’Europe spatiale, de l’Atlantique à l’Oural.

Soyouz en Guyane

En 2004, l’Agence Spatiale Européenne et Roskosmos, l’agence spatiale russe, signent un accord pour l’utilisation de Soyouz depuis le Centre Spatial Guyanais (CSG). L’objectif est double : pour les russes, tout d’abord, améliorer très sensiblement les capacités d’emport du vaisseau. En effet, plus on est proche de l’équateur, plus il est facile d’envoyer un objet dans l’espace, car la fusée utilise la vitesse de rotation de la terre. Et les résultats sont nettement visibles : depuis Baïkonour, Soyouz peut placer un objet de 1.7 tonne en orbite de transfert géostationnaire. Depuis la Guyane, l’objet peut atteindre 2.8 tonnes ! Pour les européens, accueillir Soyouz permet de diversifier leurs opportunités de lancement. En effet, on n’utilise pas le même lanceur pour des satellites de missions, de masses et d’orbites différentes. Il peut être plus économique d’utiliser un lanceur plus modeste qu’Ariane 5 pour des orbites plus basses notamment. Soyouz se place donc comme un excellent compromis en attendant Ariane 6.

D’un point de vue technique, le Soyouz a été modifié au minimum pour pouvoir décoller de sa nouvelle base de lancement. Les ingénieurs européens et russes souhaitaient en effet pouvoir conserver les capacités de vols de ce célèbre lanceur, version améliorée de la R-7 qui envoya Youri Gagarine dans l’espace en…1961 ! Les preuves de son efficacité sont là : près de 1700 lanceurs ont été envoyés dans l’espace, avec un taux de réussite de 98% ! A chaque fois, Soyouz place en orbite jusqu’à 7 tonnes de matériels, et trois hommes pour les vols habités. Quoiqu’il en soit, un système d’arrêt de la propulsion a été ajouté à la version guyanaise, au cas où le lanceur aurait une trajectoire dangereuse.

Le vaisseau est assemblé à Sinnamary, à une dizaine de kilomètres de Kourou, avant d’être convoyé sur son lieu de lancement au CSG par voie ferrée. Les installations de lancement sont pratiquement les mêmes qu’à Baïkonour. En Guyane, la charge utile est ajoutée au sommet du lanceur une fois celui-ci en place sur le pas de tir, grâce à un dispositif construit en Russie et apporté en Guyane. Des dispositions ont été prises pour pouvoir adapter les installations aux vols habités, même si cela n’est pas encore au programme.

Le premier vol de Soyouz depuis la Guyane a eu lieu le 21 octobre 2011, et a mis en orbite, comme récemment, deux satellites de la constellation Galileo.

Une exploitation conjointe de Soyouz

Le lanceur Soyouz ST (spéciale tropiques), version modernisée de Soyouz 2, est exploité depuis 1999 par la société Starsem. Il s’agit d’une société euro-russe détenue à parts égales par Astrium, Arianespace, Roskosmos et le centre spatial de Samara. C’est cette société qui avait placé sur orbite les deux premiers satellites-tests de la constellation Galileo, en 2005 et 2008.

Aujourd’hui fructueuse, cette coopération a su relever de nombreux défis, en particulier technologiques, pour s’adapter aux normes européennes ainsi qu’au climat tropical. La France a joué un grand rôle dans l’accueil des équipements russes, puisqu’elle a mené les travaux de construction des équipements au sol et les a financés à 56% directement, et à 25% via Arianespace (dont la France est actionnaire majoritaire).

L’exploitation conjointe a permis une amélioration du lanceur, qui dispose d’un étage Fregat, permettant le changement d’orbite. Une nouvelle coiffe, plus légère et très similaire à celle utilisée pour Ariane 4, a été utilisée, et permet d’améliorer la masse et la dimension des charges utiles. Les procédure et les équipes au sol ont aussi été mises en commun.

Outre ces éléments, cette collaboration est une réussite économique. Dès le premier lancement, l’entreprise avait passé 17 contrats pour des lancements avec Soyouz, soit un milliard d’euros de chiffre d’affaires prévisible ! Ce chiffre est équivalent au CA annuel d’Ariane 5, qui représentait en 2011 60% du marché mondial. De plus, grâce à l’utilisation de la rotation de la terre dont nous avons déjà parlé, les lancements coûtent moins chers.

Pour le lancement de certains satellites, Soyouz permet aussi des économies substantielles. Dans le cas de nos satellites Galileo, Ariane 5, d’un coût unitaire de 160 millions d’euros peut emporter quatre satellites. Un Soyouz, qui emporte deux satellites, coûte 75 millions d’euros, soit 150 millions d’euros pour quatre satellites. Evidemment, ce rapport n’est plus vrai sur le lancement de satellites de taille plus importante. Mais la possibilité d’avoir accès à ces deux lanceurs augmentent la flexibilité opérationnelle et donc la rentabilité annuelle.

Cette rentabilité est capitale aujourd’hui, car de nombreux acteurs établissent une concurrence très dure (Japon, Inde, mais aussi des acteurs non-étatiques comme Space X).

Le programme Galileo : un outil au service de l’indépendance stratégique

Le programme Galileo, qui vise à donner aux pays européens une totale indépendance en matière de navigation par satellite, entre dans sa phase finale. Dix satellites sont d’ores et déjà en orbite. Il en manque vingt autres pour que le système soit pleinement opérationnel. Cela peut sembler beaucoup, mais à partir de l’année prochaine, Ariane 5 emportera quatre satellites de la constellation Galileo à chaque lancement !

Le programme a été approuvé par les pays de l’UE en 2007. Depuis les lancements se succèdent pour mettre en place ce système qui sera le premier système de positionnement au monde sous contrôle strictement civil.

Les applications sont nombreuses, et tellement répandues que l’on oublie parfois que c’est un satellite qui nous aide à nous repérer dans les grandes villes, ou bien à guider un taxi jusqu’à notre restaurant. Dans le domaine civil, le GPS américain est crucial pour l’économie et les transports.

En 2001, seulement 2% des applications du GPS concernent le domaine militaire. Quoiqu’il en soit, ces 2% sont cruciales, puisqu’elles déterminent aujourd’hui le bon fonctionnement des opérations militaires. Les américains sont bien conscients de cela, et déplorent leur propre dépendance à ce système : Un talon d’Achille qui a été repéré par la Chine et par d’autres pays qui investissent de plus en plus dans des solutions anti-satellites.

Or, dans le domaine des relations internationales, nécessité rime avec vulnérabilité. Galileo donne au moins la possibilité de palier au GPS américain en cas de coupure de ce système.

Galileo est un programme absolument stratégique pour les pays d’Europe. Que le lancement de ses satellites ait pu être confié en partie à la Russie est vraiment un signal fort, et qui doit nous donner espoir en une amélioration des relations entre nos deux pays.

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