Nord Stream consacre l’Europe comme principal débouché du gaz russe

nord stream
Lors du Forum économique de Saint Pétersbourg, les 18 et 19 juin 2015, Gazprom avait annoncé la création d’un consortium aux côtés Shell, OMV et E.ON dont l’objectif était le doublement du gazoduc Nord Stream (55 Mds de m3). Le 4 septembre, Gazprom, BASF-Wintershall, E.ON, Engie (ex GDF-Suez), OMV et Shell ont ainsi signé, à Vladivostok, lors d’un forum traditionnellement dédié à l’Asie, le pacte d’actionnaires qui permet de lancer le projet Nord Stream 2, développé par une entreprise commune, New European Pipeline AG (Gazprom : 51%, Shell, OMV, E.ON, Wintershall : 10%, Engie : 9%). Le coût de ce projet est estimé à plus de 9 Mds de dollars. Nord Stream 2 prévoit la construction de deux gazoducs offshore d’une capacité annuelle de 55 Mds de m3, entre la Russie et l’Allemagne, en passant sous la mer Baltique. Le projet profitera de l’expérience acquise sur Nord Stream 1. Ce projet consacre l’Europe comme principal débouché du gaz russe et contourne l’Ukraine en tant que pays de transit. Nord Stream 2 fait de l’Europe le principal partenaire énergétique de la Russie et ce en dépit des discours ambiant sur un « virage » asiatique pris par la Russie suite aux sanctions occidentales.
En effet, la Chine ne se révèle pas un partenaire facile pour Moscou, notamment sur des projets comme le gazoduc Sila Sibiri, signé en grande pompe en mai 2014, mais dont la construction n’a pas encore commencé côté chinois, ou Yamal LNG, que la partie chinoise tarde à financer, ou même le financement de la ligne à grande vitesse Moscou-Kazan, qui tarde également. Moscou fait le pari d’une consommation européenne en gaz croissante, étant donné le déclin de la production en gaz en Europe du Nord. Ce pronostic est à vérifier, car il ne semble pas tenir compte des politiques européennes de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ainsi que des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre.
Nord Stream 2 est destiné à garantir la sécurité d’approvisionnement de l’Europe en gaz russe et à s’affranchir du risque de transit que représente l’Ukraine. En 2014, près de 60 Mds de m3 de gaz russe avait transité par l’Ukraine. Avec la mise en service de Nord Stream 2, prévue pour 2019, à la fin du contrat de transit, l’Ukraine pourrait perdre son intérêt géostratégique. Certains Etats membres de l’UE, Pologne et Slovaquie, ont réagi suite à la signature en déplorant un lâchage en règle de l’Ukraine. Ces deux Etats ont cependant un intérêt à agir car ils perdent des revenus issus du transit, la Pologne ayant misé sur un doublement de Yamal Europe et la Slovaquie étant un pays de transit du gaz russe à sa sortie de l’Ukraine. La question de la conformité au 3ème Paquet Energie du projet, notamment pour les gazoducs de sortie sur le territoire allemand, ne manquera cependant pas de se poser.
Avec le lancement de Nord Stream 2, Moscou signe un nouveau coup diplomatique. Le projet permet de diviser les Européens et de mettre la pression sur la Turquie avec laquelle les négociations pour Turkish Stream patinent en raison de désaccords sur le prix du gaz et de l’absence d’accord intergouvernemental. Il se pourrait ainsi que ce projet ne voit pas le jour, puisque Nord Stream 2 permettra de s’affranchir du transit à travers l’Ukraine ou s’il voit le jour, ce sera dans une version minimaliste (une à deux branches au lieu de quatre). Les analystes du secteur, pour leur part, estiment que Nord Stream 2 permettra de dépolitiser le sujet du transit.

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