Stephen Cohen : La nouvelle guerre froide sera d’autant plus dangereuse qu’aucune opposition efficace n’existe aux Etats-Unis

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Dans un article relayé par le Monde Diplomatique (http://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/COHEN/50877), l’auteur phare de The Nation, Stephen Cohen, alerte en Septembre 2014 : « Nous assistons à la plus dangereuse confrontation entre la Russie et les Etats-Unis de ces dernières décennies, la pire sans doute depuis la crise des missiles de 1962. La guerre civile en Ukraine, précipitée par le changement illégal de gouvernement à Kiev en février, pourrait en effet conduire à une bataille frontale opposant l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et la Russie. Longtemps impensable, un tel scénario devient concevable. Et plusieurs éléments indiquent que cette nouvelle guerre froide serait encore plus grave que la première — à laquelle la planète n’a survécu que de justesse. (…)

La nouvelle guerre froide sera d’autant plus dangereuse qu’aucune opposition efficace n’existe aux Etats-Unis. Nous, les opposants à la politique étrangère néfaste du gouvernement, n’avons le soutien d’aucune personnalité influente, et nous ne sommes pas organisés. Rien à voir avec les années 1970 et 1980, quand nous luttions en faveur de ce qu’on appelait alors la « détente ». Nous représentions certes une minorité, mais une minorité substantielle avec des alliés en haut lieu, y compris au Congrès et au ministère des affaires étrangères. Les grands journaux, les chaînes de radio et de télévision sollicitaient notre point de vue. Nous nous appuyions sur une base populaire et même sur un groupe de pression à Washington, l’American Committee on East-West Accord, où siégeaient des patrons, des personnalités politiques, des universitaires en vue et des hommes d’Etat de l’envergure d’un George Frost Kennan.

Aujourd’hui, nous n’avons rien de tout cela. Nous ne disposons d’aucun accès à l’administration Obama et de pratiquement aucun au Congrès, devenu un bastion bipartisan de la politique d’affrontement. Les grands médias nous ignorent. Depuis le début de la crise en Ukraine, ni les éditoriaux ni les tribunes du New York Times, du Washington Post ou du Wall Street Journal n’ont relayé nos idées. Elles n’ont été exposées ni sur la chaîne MSNBC ni sur Fox News, dont les analyses tendancieuses diffèrent peu : tout est toujours « la faute aux Russes ». Nous publions certes dans les médias « alternatifs », mais on ne les tient pas pour dignes de foi ou significatifs à Washington. De ma longue vie, je n’ai pas le souvenir d’une aussi grave défaillance du débat démocratique au cours d’une crise comparable”.

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